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Gaza : la France veut livrer des armes à Israël, les dockers disent « niet »
Le feu vert aux exportations a été donné par la Direction générale de l’armement (DGA), sous tutelle du ministère français des Armées.
La rédaction d'Armées.com Publié le 5 juin 2025 Lecture : 3 min
Le 4 juin 2025, le terminal portuaire de Fos-sur-Mer, à Marseille, s’est mué en théâtre de résistance syndicale. Les dockers de la Confédération générale du travail (CGT) ont opposé un refus catégorique à charger une cargaison destinée à Israël, en plein cœur du conflit ravageant la bande de Gaza. Cette mobilisation intervient alors que la France se retrouve accusée de fournir discrètement des équipements de guerre à Tel-Aviv.
Israël et dockers : un bras de fer au port de Fos-sur-Mer
Le conteneur concerné ne renfermait ni vivres, ni marchandises anodines. Selon les documents d’expédition consultés par Disclose et confirmés par France 3 Régions, il s’agissait de 14 tonnes de pièces détachées pour mitrailleuses : tubes de canon, chambres de tir, maillons de munitions. En bref, tout sauf une cargaison de routine. Ces composants, destinés à être intégrés à des armes automatiques FN Herstal, avaient pour destinataire final l’entreprise publique Israel Military Industries.
La livraison devait se faire via le cargo Marianne Danica, un navire immatriculé aux îles Marshall, dont l’escale était prévue à Fos-sur-Mer avant de repartir vers le port d’Ashdod. Mais les dockers ont dit non. Un non tranchant, assumé, public. « Nous ne participerons pas à un génocide », ont-ils déclaré dans un communiqué cité par Franceinfo (4 juin 2025). Une affirmation lourde de sens, face à une guerre qui a déjà causé la mort de plus de 35 000 civils palestiniens selon le dernier bilan du Croissant-Rouge.
Quelles armes sont concernées ?
Les équipements bloqués par les dockers ne relèvent pas de simples composants anodins. Il s’agissait de pièces mécaniques essentielles à l’assemblage de mitrailleuses de calibre OTAN 7,62 mm, notamment des chambres de tir, tubes de canon, maillons de munitions et éléments de culasse, compatibles avec les modèles FN MAG (Mitrailleuse à gaz automatique) produits sous licence par FN Herstal. Ces armes sont conçues pour fournir une cadence de tir soutenue d’environ 650 à 1 000 coups par minute, avec une portée effective dépassant 800 mètres.
Selon les données recueillies par Disclose et confirmées par les documents douaniers, ces composants étaient destinés à Israel Military Industries (IMI), le principal fabricant d’armement de l’État hébreu. Bien que non létales isolément, ces pièces constituent des éléments critiques de systèmes d’armes classés à double usage selon la réglementation européenne, car elles peuvent être intégrées à des mitrailleuses montées sur véhicules blindés ou tourelles automatiques, souvent utilisées dans des zones densément peuplées comme la bande de Gaza.
Israël, défense, France et conteneur : une logistique trouble révélée
L’enquête de Disclose publiée le 4 juin 2025 met en lumière les coulisses d’une chaîne logistique aussi discrète qu’efficace. Le feu vert aux exportations a été donné par la Direction générale de l’armement (DGA), sous tutelle du ministère français des Armées. Les équipements sont produits par Eurolinks à Bourg-lès-Valence (Drôme), spécialisée dans la fabrication de composants métalliques pour armement léger.
À Fos-sur-Mer, le syndicat CGT du port a dénoncé une « livraison sciemment dissimulée ». Le conteneur n’était pas identifié comme contenant des armes, mais des « pièces mécaniques ». Une terminologie volontairement floue, selon les dockers, destinée à contourner les objections internes. La cargaison devait transiter ensuite par Gioia Tauro en Italie, avant de rejoindre Israël par voie maritime.
La France en est donc à sa troisième livraison de matériel militaire vers Israël en 2025, malgré les appels répétés à un embargo, y compris de la part du Parlement européen. Le gouvernement, quant à lui, garde le silence. Contacté par L’Humanité, le ministère des Armées s’est contenté de rappeler que « la France respecte scrupuleusement ses engagements internationaux en matière d’exportation d’armement ». Une formule standard qui élude soigneusement la question morale.
Israël, guerre et dockers : entre conscience et résistance
Cette mobilisation syndicale n’est pas une première, mais elle prend un relief particulier dans le contexte actuel. Depuis plusieurs mois, les bombardements israéliens sur Gaza se sont intensifiés. Les ONG comme Amnesty International, ACAT-France et Médecins du Monde dénoncent des violations du droit humanitaire. Or, les équipements fournis par la France, même s’ils ne sont pas létaux en soi, participent à la chaîne de mise en œuvre des armes utilisées dans ces frappes…